PRÉAMBULE
«Vivre, c’est passer d’un espace à un autre en essayant le plus possible de ne pas se cogner» disait George Pérec dans Espèces d’espaces.
Nos espaces ont changé. Le monde aujourd’hui s’habite dans sa dimension physique, réelle, mais également dans une dimension nouvelle : les espaces virtuels.
Ainsi, nous voyageons sans nous en rendre compte entre ces espaces, à la fois locaux et globaux, organisés et désorganisés, virtuels et réels. Or, changer d’espace, c’est aussi se mettre en difficulté, sortir de sa zone de confort, perdre ses repères. La transition entre ces espaces peut alors être brutale, difficile. Les notions de déambulation et de sensations inhérentes à la psychogéographie (Guy Debord) proposent de porter notre attention sur des situations en mouvement. Dans l’esprit de situationnistes, il s’agit de réfléchir sur des espaces instables, créant des conditions affectives particulières. Notre enjeu, en tant que designer serait de faciliter la transition entre ces espaces. Qu’elle soit plus simple, qu’elle nous permette de moins nous « cogner », en travaillant sur ce que nous avons nommé des espaces transitoires.

La philosophe Anne Cauquelin a théorisé à ce propos un type d’espaces, qu’elle désigne comme « hybrides ». Elle a matérialisé les liens entre ces espaces par l’utilisation de mots et de concepts tirés du monde réel et appliqué au numérique (MySpace, site, fenêtre, bureau…). Comme dans les villes du monde entier des Starbuck et autres grandes enseignes s’imposent comme repères pour rassurer les voyageurs, leur permettant de se cogner de moins en moins ; l’ambivalence de ces termes permet de naviguer plus sereinement dans l’espace numérique. Pour nous, ces espaces se définissent en effet par leur ambivalence entre physique et virtuel. À l’image d’un changement d’état, ces espaces là sont nomades, circulants, éphémères. Ils n’appartiennent à aucune temporalité, mais au contraire s’y adaptent, jouent avec elle. Ce sont des espaces dans lesquels on ne s’installe pas, dans lesquels nous visons dans l’instant, mais peut-être pas le suivant. Ils prennent place dans deux lieux à la fois, ils lient et séparent à la fois.
Les questionnements qui nous ont réunis abordaient la question de modes de vie plus sains et durables impliquant les nouvelles technologies. Les changements spatiaux ont des conséquences sur notre perception et notre sensibilité envers le monde qui nous entoure. Les technologies sont présentes dans nos vies, et la manière dont nous les concevons et les utilisons implique des enjeux éthiques, écologiques, et des contraintes sensibles.
À travers cette collection, nous avons tenté de théoriser et de pratiquer ces espaces. De les arpenter pour pouvoir les habiter de manière plus attentive.

01_RENCONTRE ET CO-HABITATION
« Il y a rencontre quand il y a confrontation avec une altérité qui me perturbe tant qu’elle m’oblige à changer. » explique le philosophe Charles Pépin dans sa conférence Qu’est-ce qu'une vraie rencontre ?. En d’autres termes, la vraie rencontre révèlerait une prise de conscience, d’un changement en soi, de soi. Si l’une des solutions aux problèmes climatiques, prenant de plus en plus d’urgence dans nos vies, prend forme dans le changement des comportements, alors cette notion semble intéressante à étudier. L’idée de vraie rencontre semble rejoindre la pensée du sociologue et philosophe Hartmut Rosa. Pour lui, l’accélération née dans la modernité, provoquerait une forme d’aliénation de l’être. La solution à cette forme d’aliénation serait ce qu’il nomme la résonance. Il décrit cette dernière comme « une relation entre le sujet et le monde » et en particulier la capacité que possède l’homme de s’émouvoir face à l’inattendu. Autrement dit, la manière dont nous rencontrons le monde. Le fait de d’être moins attentif à celui-ci, de ne plus être conscient de cette résonance, a un impact sur notre manière de concevoir celui-ci, d’interagir avec lui, et donc un impact environnemental (en prendre soin ou bien continuer à le détruire). Cette résonance, bien qu’elle semble prendre surtout place dans des espaces physiques de la vie semble également convoquer la place de l'espace numérique dans notre « relation au monde », puisque celui-ci correspond à une part de plus en plus importante de nos vies. Réfléchir à cette « relation au monde » peut ainsi également être envisagée du point de vue du design numérique.

« L’écologie décoloniale » La Colonisation n’est pas seulement une domination entre humains, mais une domination entre humains dans le but d’exploiter des sols et de maintenir ou d’atteindre un certain niveau de confort. D’où un lien fort entre les notions d’écologie et de colonisation. Pour les personnes racisées, il est parfois difficile de se reconnaître dans certains courants de l’écologie tel que la collapsologie ou le capitalisme vert. Pour Quôc Anh, l’écologie de doit pas être réservée aux classes les plus privilégiées de la population : « Ne pas prendre en compte ces rapports de domination, c’est prendre le risque d’avoir une écologie qui vient les renforcer. » L’anthropologue colombien Arturo Escobar, que l’on peut inscrire dans ce mouvement mobilise les luttes indigènes et les mouvements de libération en Amérique latine pour analyser un nouveau rapport au territoire (les communs, notamment) permettant aux communautés humaines de ré-exister avec eux, plutôt que sur les terres. De cette manière, une écologie-du-monde permettrait de penser et problématiser les enjeux autrement.

« L’écologie queer » L’écologie queer est née en Californie, au croisement des études queer et de l’écoféminisme. Cette alliance entre sexualité et écologie, propose une approche complexe des problématiques environnementales. Elle met en lumière le fait que la sexualité dans la nature qu'elle soit reproductive ou non, est beaucoup plus riche, polymorphe et changeante que l’acception traditionnelle ne l’envisageait il y a quelques décennies, décrivant certains types de sexualité comme « contre-nature ». L’écologie queer travaille à démystifier ces croyances qu’elle qualifie de non fondées, soulignant que la nature englobe une grande variété de possibilités sexuelles.
« L’intérêt de l’écologie queer réside dans la possibilité de permette aux être humains d’imaginer un nombre infini de natures possibles. » explique Alex Johnson, l’une des voix ce ce mouvement. L’écologie queer peut être une manière de penser l’écologie au contraire des idéaux holistiques de consensus et d’unité organique, qui pourraient mener à des formes de totalitarisme vert, suggère Sasha Kagan.

Écosophie et design
Étymologiquement, écologie signifie « le discours sur la nature », c’est-à-dire qu’elle porte (par la parole) le discours écologique dans le débat public. Écosophie, étymologiquement est liée à la sagesse, à la connaissance de ce qui nous entoure. Elle signifie « sagesse de la nature », ou « sagesse de l'habiter ». Et porte ainsi en elle l’idée que « L’homme ne se situe pas au sommet de la hiérarchie du vivant, mais s’inscrit au contraire dans l’écosphère comme une partie qui s’insère dans le tout » La philosophe Manola Antonioli soutient l’idée qu’il existe plusieurs points de convergence entre le projet écosophique de Félix Guattari et les enjeux contemporains du design.
Guattari prône l’invention d’un « design de la singularité ». C’est à dire de formes de production de subjectivité qui soient en mesure d’associer des « ritournelles » territorialisées tout en exploitant les ressources des technologies les plus avancées. L’approche écosophique permet ainsi d’envisager le design et les perspectives d’un éco-design au-delà d’une simple logique de « préservation » de la nature, en direction d’une réinvention ou une « refabrication » des échanges entre nature et culture, production et environnement.

Le besoin de contrôle
Selon la thèse d’Harmut Rosa, le « processus de rationalisation occidental », le fait d’avoir rendu le monde et la vie, calculables, maitrisables, prévisibles, a un revers : le mutisme du monde. Éduquer à la rencontre se résumerait donc à faire une place à l'improvisation. « Les facteurs propices à la rencontre sont ceux qui brisent l’habitude […] La vraie vie, c’est l’improvisation. On n’est jamais aussi vivant que lorsqu’on se rend disponible au surgissement de l’inconnu. »
Le jardinier et écrivain Gilles Clément comprend les jardins, la nature et la vie en général comme une transformation constante. Son travail transmet une vision de la nature qui ne serait ni dominée, ni une nature sublimée et vierge que l’humanité ne toucherait pas. Pour lui, le travail du jardinier est plutôt d’observer les interactions évolutives entre espèces, apprendre d’elles, les interpréter, puis intervenir dans le but de favoriser des équilibres dynamiques entre espèces, et surtout, d’accroître la diversité biologique. Ainsi, les rythmes dynamiques comptent plus que les formes esthétiques figées. Si une plante pousse au milieu d’un sentier, elle ne sera pas coupée. Au contraire, les parcours des visiteurs changeront année après année. Ses « jardins en mouvement », qui reposent sur l’idée d’une coopération avec la nature, redéfinissent le rôle du jardinier, accordant une place centrale à l’observation.

02_L’ESSENTIEL
Changer de territoire, regarder et prendre part à ce qui existe ailleurs nous permet d’observer différemment des esthétiques produisant un décentrement. Les territoires scandinaves sont porteurs d’une esthétique implicite, qui pourrait être celle de l’essentiel.

Il semble intéressant de penser que les apprentissages du monde physique puissent questionner les usages virtuels. Déplacer ce « savoir habiter» d’un milieu à un autre peut avoir un effet sur le regard que nous portons au numérique. John Maeda s’intéresse à la notion de simplicité dans le pratiques numériques. Son travail met en lumière trois perspectives, trois mesures de cette simplicité, qui semblent analogues à celles d’un l’Essentiel que l’on peut trouver sur le territoire physique : Spatial, Relationnel et Temporel.

L’un de ces essentiels semble se dégager dans la notion de « Hygge », évoquée par l’écrivain Øyvind comme « quelque chose (qui a) à voir avec le bien-être des autres. » Cet intraduisible censé signifier la «connexion avec l’autre» est en fait le nom attribué à un mécanisme culturel d’adaptation, de prévention et de lutte. Pour comprendre cette notion il est nécessaire de placer son usage dans un contexte géographique particulier. Øyvind expliquait : «Nous avons des saisons très changeantes avec ces six mois sombres chaque année, nous n’avons pas beaucoup de lumière. Les jours sont froids et courts, les gens sont poussés à vivre à l’intérieur et à attendre enfermés.» En ce sens, prolonger le jour revient à prolonger la durée de vie sociale.

Travailler sur la conception de ce qui est essentiel au sein d’une culture inconnue c’est d’abord enquêter sur le vivant. Dans la tentative de découvrir une forme d’essentiel sur l’espace physique, nous mettrons en évidence une rencontre que nous avons eu l’opportunité de faire durant un séjour dans la ville de Copenhague au Danemark. Cela fera l’objet de la conversation suivante avec Øyvind Bordal, qui est écrivain et marin originaire de Moss en Norvège, installé à Copenhague.

ENTRETIEN ØYVIND BORDAL
Rapport à l’espace
LB : Dans mon travail, en tant que designer numérique et ici dans cette recherche, j’essaie de comprendre et de relater les situations dans lesquelles les humains ont commencé à remettre en question leur mode de vie au sein de leur environnement. Vous me disiez que vous avez passé votre vie sur un bateau, mais à côté de cela votre travail et votre vie quotidienne vous poussent à vivre aussi au sein du monde numérique. Il m’a semblé intéressant d’évoquer ensemble un concept qui est celui de la « navigation. » Alors je vous pose la question, y a-t-il des similitudes dans la façon dont vous naviguez sur l’océan et sur internet ? Y’a-t-il des sensations qui puissent être similaires telles que l’isolement ou la perte de certains sens ?
ØB : Oui bien sûr, on doit dans les deux cas trouver notre chemin, c’est la même chose. La navigation est une chose importante quand on voyage en mer évidemment et il y a quelque chose de fondamental qui je pense relie les deux espaces, c’est l’importance de savoir où l’on se trouve. Il faut naviguer pour s’orienter afin d’aller quelque part, avoir un point de départ et une arrivée en vue, voilà ce qu’est la navigation.

Introduction au concept danois : Hygge
LB : Avec ce mot, j’ai affaire à un concept intraduisible. L’intérêt pour moi de l’évoquer avec vous serait d’avoir votre ressenti et ce qu’il évoque pour vous afin de me permettre de mieux comprendre ce qui se cache derrière ce mot : Hygge.
ØB : Essayons, c’est un peu difficile parce que quand tu as grandi avec un concept, il se comprend par lui-même et pour d’autres personnes comme toi, il ne peut pas. Aussi, si tu demandes à différentes personnes, tu auras des réponses différentes parce que personne ne sait vraiment ce que c’est exactement, c’est juste là. Cela a définitivement quelque chose à voir avec le bien-être des autres, c’est difficile d’avoir une bonne hygiène morale lorsqu’on est seul. Cela permet de donner un mot sur le fait d’avoir une connexion avec l’autre. Si vous vous asseyez avec un bon ami et que vous allumez une bougie, vous savez qu’il fait sombre, qu’il n’y a pas de soleil ici, vous devez créer un espace agréable pour vous et pour les autres. Vous avez un peu de vin ou du thé, souvent un peu de nourriture et il y a une réunion sociale, voilà ce que serait précisément une situation d’hygge.

LB : Est-ce que vous pensez qu’il puisse y avoir une connexion entre ce concept et la notion d’essentiel ?
ØB : Je crois, car c’est quelque chose à faire dans l’égalité, ce n’est pas une situation de compétition, ce n’est pas se battre pour être le meilleur, la haute performance : c’est autre chose. C’est juste être tranquille, cool. C’est basé sur la modération d’une certaine manière. Vous n’êtes pas dans une situation de hiérarchie lorsque vous faites appel à ce concept.

LB : Peut-être sauriez-vous pourquoi il est plus présent chez vous ?
ØB : C’est une question très intéressante, je pense que c’est en rapport avec la latitude. Nous avons des saisons très changeantes avec ces six mois sombres chaque année, nous n’avons pas beaucoup de lumière. Les jours sont froids et courts, les gens sont poussés à vivre à l’intérieur et à attendre enfermés.

Esthétique de l’essentiel
LB : Que pensez-vous de la façon dont la réduction est pensée en Scandinavie ? Il y a eu ce fameux « less is more » ancré dans le domaine du design. Pensez-vous que l’un ait influencé l’autre ou est-ce quelque chose de plus identitaire, dépendant et peut-être spécifique à votre mode de vie ?
ØB : Ici, nous croyons que si vous êtes vraiment bon dans quelque chose, peu importe ce que c’est, vous n’avez pas à le complexifier, car son contenu est suffisant. La difficulté est de réussir à accepter un contenu réduit à l’essentiel ! À la suite de cela, vous n’avez plus besoin de ce qui est superflu.

03_AMBIANCES SENSIBLES
L’humain crée au sein de la ville, des espaces appropriables, les modèle pour son regard, son intuition. Ces espaces aux ambiances multiples nous permettent de façonner nos relations, de nous rassembler et de dériver dans des espaces à l’usage de tous.

L’espace perçu au travers de la Psychogéographie
C’est en marchant que nous comprenons où nous nous situons et ce qui nous entoure, l’espace que l’on habite. Pour ressentir le lieu dans lequel on se déplace, l’Homme pratique des « balades urbaines ». Cette action que l’on fait tous les jours ne nous permet pourtant pas de dériver. La balade au sens « dérive » expliqué par Emmanuel Guy est une technique de déplacement sans objectif précis. L’Homme qui parcourt la ville spatialise son imaginaire, nous explique Guy Debord à travers ses cartes d’émotions. Nous créons alors notre ambiance sensible dans le terrain que nous parcourons. Si nous explorons l’espace dans lequel nous sommes, il nous donne des informations précises sur l’état de la société.

La ville, au contraire de ce qu’elle propose aujourd’hui, doit être rêveries et désirs. L’habitant de ces villes doit pouvoir nouer une relation avec son espace. Les situationnistes ont pratiqué la psychogéographie pour aborder la ville avec ces sens, les quartiers correspondent alors, à des sentiments (quartier heureux, le quartier tragique, historique…). Dans la ville, l’important se trouve dans la déambulation, la connaissance de son territoire, mais aussi dans l’apprentissage par le jeu. Les situations se définiraient comme des moments de vies autour d’un jeu d’événements dans l’espace de l’affectivité.

La places des ambiances sensibles dans nos villes
Retrouver nos sens, les aiguiser, réapprendre nos espaces publics. Il faut donc ranimer nos sens en permanence avec ces nouvelles technologies les anéantissant. Entre l’imaginaire, le féerique et la métaphore, certains éléments naturels participent au ré-ancrage de l’Humain dans son espace naturel qu’est la terre, lui faisant prendre conscience que les technologies peuvent être utilisées différemment qu’en se déconnectant du monde réel. Le design biophysique, biomorphique, et biomimétique retissent les liens entre les citadins et la nature dans des solutions durables pour les villes en expansion, nous permettant de nous resynchroniser à la nature, d’être plus connectés au vivant.

ENTRETIEN FABIO LA ROCCA
Mathilde : J’ai été très intéressée par votre livre « la ville dans tous ces états ». Mon mémoire porte sur les ambiances sensibles dans les villes, le fait que l’on perde nos sensations par l’abondance des technologies et par la nature qui n’a plus sa place dans les métropoles.
Fabio : Aller chercher vers l’Écosophie. C’est un projet de l’écologie politique, évoquant la relation que l’on peut avoir avec l’environnement. C’est une manière de reconnaître la nature en tant qu’être. Le terme montre un nouvel axe permettant de reconfigurer le rapport nature/culture. Comment la technologie peut favoriser la renaissance de la nature ?

Mathilde : Nous avions comme idée de projet de diplôme de travailler sur la lumière. La lumière naturelle manque dans les villes. Trouver une manière de la réintroduire de manière durable par l’utilisation de nouvelles technologies comme la luminothérapie par exemple, mais dans des écrans ou dans des objets de notre quotidien. Qu’en pensez-vous ?
Fabio : La lumière est très importante. La dimension écologique de la lumière peut être un axe intéressant et assez vaste pour gérer des espaces.

Mathilde : Dans votre conférence, vous abordez un élément important : les ambiances sensibles dans l’espace qu’est la ville. Les villes intelligentes anéantissent-elles nos sens ?
Fabio : Oui bien sûr. Je suis très critique par rapport aux villes intelligentes. Qui est intelligent ? Comment mesurer l’intelligence ? La ville intelligente propose des technologies de service qui oublie totalement la dimension sensorielle. Antoine Picon aborde le sujet de la technique et de la ville. Un essai critique sur les Smarts city devenue des villes vides de sens. Allez chercher sur le MIT sensible lab, il y a des vidéos, des projets et beaucoup de textes en ligne sur la ville sensible. Comment redécouvrir la ville au travers des cartes sensorielles interactives ?

Mathilde : Comme les cartes psychogéographiques des situationnistes ?
Fabio : Oui, mais avec la technologie. Beaucoup de projets aujourd’hui ont été repris des idées des situationnistes, les cartes émotionnelles des villes ont été reprises pour devenir des projets avancés aujourd’hui. Il y a même des Cartes écosophiques maintenant pour examiner la place de la nature dans les villes.

Léo : la ville de demain sera axée sur la vue et l’ouïe, et très peu sur le toucher?
Fabio : Le problème est que la vue a toujours été l’organe le plus sollicité depuis toujours dans la ville. Le divertissement de la métropole, c’était le cinéma. C’est toujours l’œil qui capte, à en oublier les autres sens. Maintenant, on commence à réfléchir aux émotions de tout le corps par rapport à tous les sens. Après il y a beaucoup de choses au niveau du toucher dans les villes par rapport aux aveugles. Il faut retourner à la tactilité, la ville est tactile avec les pieds.

Léo : Pourtant c’est étonnant, mais la ville et le tactile ne vont pas ensemble pour des raisons d’hygiènes.
Fabio : La tactilité, ce sont les pieds. Vous mettez les pieds par terre, vous êtes connecté à l’espace dans lequel vous marchez. Avec le béton, on lisse le sol, vous ressentez la ville d’une autre manière que si le sol était un assemblage de pavés.

BIBLIOGRAPHIE SÉLECTIVE

ANH, Quôc, « L’écologie décoloniale: la nécessité de décoloniser l’écologie », Mediapart,(https://blogs.mediapart.fr/qu-c-anh/blog/300919/l-ecologie-decoloniale-la-necessite-de-decoloniser-l-ecologie), 2019. HARTMUT, Rosa, Rendre le monde indisponible, La découverte, 2020. KAGAN, Sacha, « Toward Global (Environ)Mental Change: Transformative Art and Cultures of Sustainability », Heinrich Böll Stiftung, 2012. PÉPIN, Charles, « Qu’est-ce qu’une vraie rencontre ? », Théâtre de la Porte Saint-Martin, 2020.

BOWEN, Laurence Llewelyn, « Less Is Less: Why Scandinavian Design Leaves Me Cold », BBC sounds, (https://www.bbc.co.uk/sounds/play/b08px3f6), 2017. CAUQUELIN, Anne, Le site et le paysage, Presses Universitaires de France, 2002. FRIDELL ANTER, Karin, « Nordic Light and Color », Norwegian University of Science and Technology, 2012. MAEDA, John, De la simplicité (The Laws of Simplicity), Payot, 2006.

FRANCE CULTURE, « Comment habiter la ville ? » La grande table, Caroline Broué, https://www.franceculture.fr, 2010. HARTMUT, Rosa, Aliénation et accélération: Vers une théorie critique de la modernité tardive, La découverte, Poche, 2010. LA ROCCA, Fabio, La ville dans tous ses états, CNRS Éditions, Paris, 2013. ROWNTREE, Bob, « Les cartes mentales, outil géographique pour la connaissance urbaine. Le cas d’Angers (Maine-et-Loire) », Norois, n° 176, (https://www.persee.fr/doc/noroi_0029- 182x_1997_num_176_1_6823), 1997.